Matera

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Habitations troglodytes, églises rupestres et patrimoine UNESCO : Matera dévoile en Basilicate l'un des paysages urbains les plus singuliers d'Europe.

Au cœur de la Basilicate, dans le sud de l'Italie, Matera dévoile un visage que le pays révèle rarement. Ses sassi, habitations troglodytes creusées à même la roche calcaire, s'étagent sur les flancs d'un ravin et composent l'un des paysages urbains les plus singuliers d'Europe. Inscrite au patrimoine UNESCO depuis 1993 et capitale européenne de la culture en 2019, la ville passée du statut de honte nationale à celui de joyau ouvre ses ruelles, ses églises rupestres et ses hôtels troglodytes à qui veut sortir des sentiers battus.

Matera en bref

RepèreInformation
RégionBasilicate, sud de l'Italie
Altitude401 m
ReconnaissanceUNESCO 1993, Capitale européenne de la culture 2019
ParticularitéSassi, habitations troglodytes parmi les plus anciennes du monde
Aéroport le plus procheBari-Palese (Karol Wojtyła), à 1h10 en route
Meilleure saisonAvril-juin, septembre-octobre
Durée conseillée2 à 3 jours

Pourquoi visiter Matera

Marcher dans Matera, c'est traverser dix mille ans d'histoire en une matinée. Les premières traces d'occupation humaine remontent au paléolithique, et les sassi comptent parmi les plus anciennes habitations continuellement habitées au monde. Cette continuité saute aux yeux : un escalier creusé dans la pierre mène à une cour byzantine, qui ouvre sur une chapelle ornée de fresques médiévales, qui jouxte un boutique-hôtel contemporain.

La ville séduit aussi par son atmosphère cinématographique. Pier Paolo Pasolini y a tourné l'Évangile selon saint Mathieu, et plus récemment Wonder Woman en 2017 a planté ses décors dans les ruelles. Une douzaine d'autres productions ont choisi Matera pour sa lumière et son décor minéral.

Enfin, Matera reste accessible. Les foules de Florence ou de Rome n'ont pas envahi ses ruelles. Vous pouvez encore dîner sur une terrasse face au ravin de la Murgia sans réserver trois mois à l'avance.

Histoire et héritage des sassi

Le fondateur de Matera s'appelle Lucius Caecilius Metellus, un dictateur et consul romain qui, sorti victorieux de la première guerre punique, établit la domination romaine sur la Sicile. La prise de la ville – connue alors sous le nom de Matheola – a eu lieu aux environs de 251 av. J-C.

Après des siècles de batailles entre Lombards, Byzantins et Arabes, Matera devient au XVe siècle une dépendance de la maison d'Aragon, cédée à titre de baronnie à la famille de Monterano. Le comte Giovanni Carlo de Monterano, vu comme un dirigeant cruel et accusé de financer son train de vie en extorquant des taxes au peuple, est mis à mort en 1514 d'un commun accord par la noblesse et les villageois.

Jusqu'au XXe siècle, la masse paysanne vit dans les constructions rupestres à flanc de montagne. Pas d'eau potable, pas d'électricité, une seule pièce partagée avec les animaux derrière une cloison rudimentaire. Les sassi deviennent alors le symbole de la pauvreté italienne, ce que Carlo Levi décrira dans Le Christ s'est arrêté à Eboli.

Au début des années 1950, le gouvernement italien lance un programme d'aménagement urbain et relocalise les habitants dans des résidences modernes. L'ancien quartier manque d'être livré à l'abandon. Le sursaut viendra des Materani eux-mêmes : à partir des années 1980, ils restaurent les sassi en gardant leur esprit traditionnel, avec un confort minimal. L'UNESCO entérine cette renaissance en 1993.

Que faire à Matera

Arpenter les sassi, logements troglodytes hors du commun

L'idée que des hommes aient pu occuper des logements rupestres taillés directement dans la pierre paraît insensée. Les populations ont d'abord cherché refuge dans ces grottes calcaires pour fuir les raids sarrasins. Plus tard, les moines byzantins y ont installé chapelles et fresques lumineuses.

L'architecture frappe par sa simplicité : une façade blanchie à la chaux, percée d'une porte et d'une fenêtre. Les maisons s'étagent les unes au-dessus des autres, sillonnées d'escaliers et de petites venelles, réparties de part et d'autre d'une grande cour à usage collectif. À l'intérieur, une seule pièce servait à la fois de chambre, de cuisine et d'atelier. Le tiroir du bahut tenait lieu de berceau pour les plus jeunes.

Les sassi se divisent en deux quartiers : Sasso Caveoso, le plus authentique, où l'urbanisme primitif reste lisible, et Sasso Barisano, plus restauré et orné de façades sculptées. À cet égard, Matera se présente comme une ville-jumelle de Lalibela, la Jérusalem noire éthiopienne.

Le château de Tramontano

Érigé au sommet de la colline de Lapillo, le château est l'attraction la plus visible de la ville après les sassi. Les premières pierres ont été posées en 1501 sur ordre du comte Gian Carlo Tramontano, qui voulait en faire sa propriété familiale. Le chantier engloutit la somme considérable de 25 000 ducats, payés sur les deniers publics. Le peuple ne l'accepta pas. Le seigneur périt en 1514 des suites d'une vendetta populaire ; son épouse obtint le droit de s'échapper. Le chantier resta inachevé.

Aujourd'hui, le donjon central, les tours rondes crénelées et le parc paysager se visitent et offrent une plongée dans l'Italie féodale du XVIe siècle. L'architecture aragonaise d'origine a été conservée au fil des restaurations.

Le duomo et les églises rupestres

Bâtie au sommet de la Civita, la cathédrale de Matera a plus de 800 ans. Sa façade en pierre de Vaglia, dominée par l'art roman, retient le regard. La rosace à seize branches est encadrée par l'archange Michael en tête de fenêtre, et les statues de saint Pierre, saint Paul, saint Eustache et saint Théopiste gardent l'entrée.

À l'intérieur, on observe un Jugement dernier du XIVe siècle et la Madonna della Bruna avec la bénédiction de l'enfant à deux doigts, tous deux signés Rinaldo da Taranto. La voûte luxueusement décorée mérite à elle seule la visite.

Matera compte aussi deux églises rupestres remarquables : San Pietro Caveoso, accrochée au-dessus du ravin, et San Pietro Barisano, le plus grand monument rupestre de la ville. À quelques kilomètres, dans le parc de la Murgia Materana qui fait face à la ville, plus de 150 chiese rupestri parsèment les plateaux. La Cripta del Peccato Originale, surnommée la « chapelle Sixtine de l'art rupestre », abrite des fresques bénédictines du IXe siècle parmi les plus anciennes du sud de l'Italie.

Musées et palais

Trois adresses suffisent pour comprendre Matera. Le Palazzo Lanfranchi abrite le musée d'art moderne de la Basilicate, riche en objets sacrés, photographies et trouvailles anthropologiques. Casa Noha, propriété du FAI, propose une projection multimédia courte et puissante sur l'histoire des sassi : un excellent point de départ. Casa Grotta di Vico Solitario reconstitue avec précision l'intérieur d'une habitation troglodyte du début du XXe siècle, mobilier et outils d'origine compris.

Pour qui ?

  • Les amateurs d'histoire et de patrimoine : la stratigraphie urbaine de Matera, du paléolithique au baroque, n'a pas d'équivalent.
  • Les voyageurs photographes : la lumière dorée du soir sur la Civita, les ruelles minérales et le ravin de la Murgia offrent une matière visuelle constante.
  • Les couples en quête d'insolite : dormir dans un hôtel troglodyte sculpté dans la roche, entre cinquante et trois cents euros la nuit, reste une expérience rare en Europe.
  • Les cinéphiles : retrouver les décors de Pasolini, de Mel Gibson (La Passion du Christ) ou du dernier James Bond (No Time to Die) plaira aux amateurs de séances repérages.
  • Les randonneurs : le parc de la Murgia Materana se traverse à pied, avec des points de vue plongeants sur la ville.

Où dormir à Matera

L'hébergement fait partie de l'expérience. La majorité des établissements occupe d'anciennes habitations rupestres restaurées, ce qui change radicalement la nuit que vous y passerez.

  • Guesthouses et B&B (40-80 €) : souvent gérés en famille, ces hébergements occupent de petits sassi rénovés avec sobriété. Confort simple, accueil personnalisé, petit-déjeuner local. Idéal pour un premier séjour court.
  • Boutique-hôtels troglodytes (90-180 €) : le segment phare de Matera. Voûtes en pierre apparente, salle de bains taillée dans la roche, mobilier design contemporain. Comptez ce budget pour profiter pleinement de l'expérience cave-hotel.
  • Lodges et hôtels haut-de-gamme (200 € et plus) : quelques adresses, dont les plus connues sur le Sasso Caveoso, proposent suites avec terrasse privative face au ravin, spa creusé dans la pierre et restaurant gastronomique. Pour une nuit de noces ou un anniversaire.

Notre expert local de l'agence peut vous orienter vers les sassi-hôtels qui correspondent à votre rythme et à votre budget, et vérifier la réelle qualité d'isolation, point souvent négligé en hiver.

Quand partir à Matera

La ville se visite toute l'année, mais chaque saison a ses avantages.

  • Printemps (avril-juin) : la saison idéale. Températures de 15 à 25 °C, lumière douce, Murgia fleurie. Les soirées restent fraîches, prévoir une veste légère.
  • Été (juillet-août) : chaud et sec, jusqu'à 35 °C en après-midi. La pierre calcaire restitue la chaleur tard dans la nuit. Visiter tôt le matin ou en fin d'après-midi. Le 2 juillet, la Festa della Madonna della Bruna embrase la ville (procession, char en carton-pâte démantelé par la foule).
  • Automne (septembre-octobre) : second moment idéal. Vendanges en Basilicate, lumière dorée, foules amoindries. Prévoir tenues de pluie pour octobre.
  • Hiver (décembre-mars) : froid et parfois venté, températures parfois sous 8 °C. L'altitude de 401 m accentue la sensation. La ville garde son charme, et les crèches vivantes de Noël dans les sassi valent le détour.

Comment se rendre à Matera

Matera n'a pas d'aéroport, mais sa desserte reste simple.

En avion

L'aéroport le plus proche est Bari-Palese (Karol Wojtyła), à environ 65 km. Plusieurs compagnies, dont Ryanair, Volotea, easyJet et Lufthansa, le relient aux principales villes européennes. Depuis Bari, plusieurs options pour rejoindre Matera :

  • Taxi : 1h10 de trajet, entre 100 et 130 €.
  • Bus Pugliairbus : navette directe aéroport - Matera, environ 1h15, 6 €. Le moyen le plus économique.
  • Train + bus : navette aéroport vers Bari Centrale, puis ligne FAL (Ferrovie Appulo Lucane) vers Matera Centrale en 1h30. Pas de service le dimanche pour le FAL.

En train

Depuis Rome ou Naples, le plus pratique consiste à rejoindre Bari en Frecciarossa (4h depuis Rome), puis à enchaîner sur la ligne FAL. La ligne est lente et pittoresque mais ne circule pas le dimanche. Une alternative passe par Ferrandina, gare Trenitalia desservie par certains intercités, suivie d'un bus régional vers Matera.

En bus longue distance

Les compagnies FlixBus et Marino assurent des liaisons directes depuis Rome (4h30), Naples (3h30), Florence ou Milan. Souvent l'option la plus simple sans voiture.

En voiture

L'autoroute A14 puis la SS99 mènent à Matera. Attention : le centre historique est entièrement piéton. Garer la voiture aux parkings de Via Saragat ou Via Lucana, puis tout faire à pied.

Conseils d'initié

  • Le belvédère de la Murgia, sur la rive opposée du ravin, offre la plus belle vue sur les sassi. Y aller au coucher du soleil, sentier accessible en 30 minutes de marche depuis la ville.
  • Réserver la Cripta del Peccato Originale en avance : visite guidée uniquement, créneaux limités, billets souvent épuisés en haute saison.
  • Bonnes chaussures obligatoires : les ruelles sont en pierre polie, glissantes par temps de pluie, et les escaliers s'enchaînent.
  • Goûter le pane di Matera IGP : pain au levain à la croûte épaisse, qui se conserve une semaine. Les boulangeries traditionnelles le cuisent encore au four à bois.
  • Éviter les restaurants à menus traduits en six langues sur la Via Ridola : préférer les trattorie du Sasso Caveoso, plus authentiques et moins chères.
  • La carte Matera Card donne accès aux principaux musées et au transport local pour 23 € (48h). Rentable dès trois sites visités.
  • Prendre une visite guidée le premier matin : un guide local dénoue en deux heures la stratigraphie compliquée des sassi, ce qui rend les visites suivantes infiniment plus parlantes.

À découvrir aussi

Matera s'inscrit dans un sud italien encore peu fréquenté. Pour prolonger le voyage, explorez la Basilicate et l'Italie du Sud dans leur ensemble : trulli d'Alberobello, falaises de Polignano a Mare, villages perchés de la Murgia, plages ioniennes de Métaponte. Quelques jours supplémentaires permettent de saisir la cohérence du territoire.

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Questions fréquentes

Deux jours pleins suffisent pour parcourir les deux sassi, le duomo, le château de Tramontano et un ou deux musées. Trois jours permettent d'ajouter une excursion dans la Murgia Materana et la Cripta del Peccato Originale.

Oui, c'est faisable, mais frustrant. La ville mérite au moins une nuit pour saisir la lumière du soir et du matin sur les sassi, qui change tout. L'hôtellerie troglodyte fait aussi partie intégrante de l'expérience.

Très partiellement. Le centre historique repose sur des escaliers et ruelles pavées en pente. Quelques rues principales et certains belvédères restent accessibles, mais la majorité des sites s'atteint à pied par des marches.

Les hôtels troglodytes restaurés depuis les années 2000 offrent un confort équivalent aux boutique-hôtels classiques : chauffage, salle de bain privative, wifi. La température intérieure reste fraîche en été (avantage), un peu humide en hiver (vérifier l'isolation).

Le Sasso Caveoso est le quartier le plus ancien et le moins restauré, où l'urbanisme rupestre reste lisible. Le Sasso Barisano, plus rénové, offre des façades sculptées plus visibles et concentre l'essentiel de l'offre hôtelière haut-de-gamme.

Non, pas pour la ville elle-même, entièrement piétonne. Une voiture devient utile pour explorer la Murgia Materana, la côte ionienne ou les villages voisins comme Altamura et Gravina in Puglia.

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