Pouilles et Basilicate
Du talon de la botte aux sassi troglodytiques de Matera : une Italie horizontale d'oliveraies, de pierre blanche et de cuisine paysanne, à parcourir en voiture sur 8 à 10 jours.
Les Pouilles occupent le talon de la botte italienne, une bande de terre étirée sur 400 km entre la mer Adriatique à l'est et la mer Ionienne à l'ouest. Le relief y reste modeste, rarement au-dessus de 600 m, et l'horizon se compose d'oliveraies centenaires, de murets en pierre sèche et de villages blanchis à la chaux. La Basilicate, coincée entre les Pouilles, la Campanie et la Calabre, présente un tout autre visage : intérieur montagneux des Apennins lucaniens, ravins arides et plateaux d'argile qui descendent vers le golfe de Tarente.
Notre équipe travaille principalement quatre sous-régions des Pouilles. La vallée d'Itria, entre Alberobello, Locorotondo, Cisternino et Martina Franca, concentre les trulli, ces constructions coniques en pierre sèche dont les toits sont marqués de symboles peints. Au sud, le Salento s'étend de Lecce à Santa Maria di Leuca, avec son baroque en pierre tendre couleur miel et ses petits ports comme Otrante et Gallipoli. La côte adriatique, entre Polignano a Mare et Monopoli, alterne falaises calcaires et criques étroites. Plus au nord, le Gargano forme un promontoire boisé qui tranche avec la platitude environnante.
La Basilicate tient en deux pôles. Matera, ancienne ville troglodytique inscrite à l'UNESCO en 1993, aligne ses sassi, quartiers d'habitations creusées dans le tuf calcaire et habitées sans interruption depuis le Paléolithique. Le site fut longtemps considéré comme une honte nationale, vidé de ses habitants dans les années 1950, puis réhabilité à partir des années 1980. Le second pôle est la côte ionienne autour de Maratea, plus confidentielle, où la montagne tombe directement dans la mer.
La cuisine reflète une agriculture pauvre devenue savoureuse : orecchiette aux cime di rapa, fave e cicoria (purée de fèves et chicorée sauvage), focaccia barese, burrata d'Andria, taralli, vins primitivo de Manduria et negroamaro du Salento. Les marchés du matin à Bari, Lecce ou Matera donnent une lecture concrète de ce que produit la terre alentour. Côté fêtes, la Notte della Taranta fin août à Melpignano rassemble plusieurs dizaines de milliers de personnes autour de la pizzica, danse traditionnelle du Salento.
La région se prête bien au voyage en voiture. Les routes sont plates, larges et peu fréquentées hors juillet-août. Les distances restent raisonnables : Bari-Lecce, 150 km par autoroute, Matera-Alberobello, 70 km par routes secondaires. L'économie locale repose sur l'huile d'olive (les Pouilles produisent près de 40 % de l'huile italienne), la viticulture, le tourisme et une agriculture maraîchère intensive. Cette double identité, côte agricole d'un côté, paysage troglodytique de l'autre, justifie de combiner systématiquement Pouilles et Basilicate plutôt que de les traiter séparément.
À découvrir
Les sassi de Matera. Quartiers d'habitations troglodytiques creusés dans le tuf, parcourus à pied du matin tôt avant l'afflux de visiteurs. Plusieurs maisons-musées détaillent les conditions de vie jusqu'à l'évacuation forcée de 1952.
La vallée d'Itria et ses trulli. Boucle de deux jours entre Alberobello, Locorotondo et Cisternino, en logeant dans un trullo réhabilité au milieu des oliveraies. Marche en fin de journée le long des murets en pierre sèche.
Le baroque de Lecce. Façades sculptées dans la pierre tendre locale, qui se patine en jaune doré. La basilique Santa Croce et la place du Duomo se visitent en demi-journée, prolongée par une dégustation de pasticciotti.
Les criques de la côte adriatique. Polignano a Mare et sa plage encaissée de Lama Monachile, les grottes marines de Monopoli accessibles en bateau, et plus au sud les eaux turquoises de Torre dell'Orso et Porto Badisco.
La cuisine paysanne du Salento. Atelier d'orecchiette dans une masseria près d'Ostuni, déjeuner de poisson cru à Gallipoli, dîner à base de fave e cicoria et de viande de cheval, spécialité de la région de Martina Franca.
Quand y aller
La fenêtre la plus confortable s'étend de mi-mai à fin juin, puis de début septembre à mi-octobre. Les températures diurnes oscillent alors entre 22 et 28 °C, la mer dépasse 22 °C dès la deuxième moitié de mai et reste baignable jusqu'à mi-octobre. Les oliveraies sont vertes, les villages encore vivables, les restaurants de bord de mer ouverts sans être saturés. Avril et début mai conviennent pour visiter les villes (Lecce, Matera, Bari) avec 18-22 °C, mais la baignade reste fraîche.
Juillet et août cumulent les inconvénients : 35 à 38 °C en intérieur (Matera est particulièrement étouffante, la pierre restitue la chaleur la nuit), affluence sur la côte salentine, prix doublés dans les masserie. Nous déconseillons cette période sauf contrainte de calendrier scolaire, auquel cas nous privilégions les hébergements en bord de mer avec piscine. L'hiver (décembre à février) est doux sur la côte, 10-14 °C, mais beaucoup d'établissements ferment de novembre à Pâques, et les journées courtes limitent la visite. La pluviométrie reste faible, autour de 600 mm annuels, concentrés en automne et en hiver.
Conseils pratiques
Nous recommandons un minimum de 8 à 9 jours sur place : 6 nuits dans les Pouilles réparties entre la vallée d'Itria (3 nuits), le Salento (2 nuits) et la côte adriatique (1 nuit), puis 2 nuits à Matera. En dessous, l'enchaînement devient frustrant compte tenu des distances entre Lecce au sud et Matera au nord-ouest, environ 220 km. Le point d'entrée logique est l'aéroport de Bari, bien desservi depuis Paris, Bruxelles et Genève, avec une location de voiture indispensable. L'aéroport de Brindisi offre une alternative pour démarrer par le Salento.
La région se combine bien avec Rome et le Latium, en arrivant par train à grande vitesse jusqu'à Bari (4h depuis Rome) puis en repartant en avion. La combinaison avec la Sicile suppose un vol intérieur ou un ferry de nuit depuis Bari. À l'inverse, raccrocher les Pouilles à la Toscane ou aux Dolomites allonge sensiblement les trajets et nous le déconseillons sur moins de trois semaines. Le confort hôtelier est élevé : masserie réhabilitées (anciennes fermes fortifiées), trulli aménagés, hôtels troglodytiques à Matera. La région convient aux couples, aux familles avec enfants à partir de 6 ans (plages de sable au sud de Gallipoli), et aux voyageurs contemplatifs qui acceptent un rythme lent, organisé autour des repas et des fins de journée en terrasse.






